Bertrand du Guesclin (1320 – 1380)

Bertrand du Guesclin, noble breton, “Grand capitaine qui jura qu’il ne remettrait l’épée au fourreau qu’après avoir chassé les anglais du royaume, il tint parole et devint la terreur de ses ennemis”, tel que le décrit l’abbé Le Ragois dans son Instructions sur l’histoire de France écrit en 1684. Issu de la moyenne noblesse, il s’élèvera tout au long de sa vie pour devenir connétable de France

Bertrand naquit en 1320 à la Motte-Broons, en plein pays gallo, entre Rennes et Dinan. Fils aîné des dix enfants de Robert II du Guesclin et de Jeanne de Malesmains, dame de sens de Bretagne. Sa famille étant issue d’une branche cadette de la famille du Guesclin, il vivra son enfance dans un modeste manoir à la Motte-Broons. Comme le veut la coutume à la l’époque, le petit Bertrand sera placé en nourrice dès sa naissance et vivra parmi les paysans jusqu’à l’âge de ses cinq ans. Ses contemporains en feront un portrait peu flatteur. Petit, dotés de jambes courtes et d’épaules très larges avec une tête ronde et ingrate. Il est d’un tempérament fougueux, brutal et violent. Il est en conflit permanent avec l’autorité parentale et bien qu’il soit l’aîné, son père refusera de le former à la chevalerie.

Sa force et son habilité dans les exercices du corps le font remarquer dès sa prime enfance. Belliqueux et bagarreur, ses plus proche amis sont des paysans roturiers. il se sent une vocation de guerrier. Après avoir fugué (ou chassé), il se réfugie chez son oncle Bretrand du Guesclin, seigneur de Vauruzée à Rennes. Il assiste en 1337 à un tournoi ou l’un de ses cousins vaincu, quitte la lice et lui prête son équipement. Selon les chroniques de l’époque, il vaincra une dizaine de chevaliers avant d’incliner sa lance face à son père. Emu et fier, son père s’engagera à l’armer.

Guerre de succession de Bretagne

Il se fera remarquer dès le début de la guerre de cent ans en prenant par ruse le château de Grand-Fougeray en 1354. Il sera adoubé chevalier à la suite de cet exploit et prendra pour devise “Le courage donne ce que la beauté refuse”. En 1357, il participe à la défense de la ville de Rennes assiégée par le du de Lancastre. Soutenant le parti de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre, il se bat plusieurs années dans les alentours de la forêt de Paimpont les anglais qui lui attribueront le surnom de “Dogue noir de Brocéliande”.

En 1360, il est nommé lieutenant de Normandie, d’Anjou et du Maine. Mais en 1361, il sera capturé par Hugues de Calveley lors d’une escarmouche. Les anglais le relâcheront contre le paiement d’une rançon de 30000 écus. En 1364, il devient capitaine général pour les pays entre Seine et Loire et chambellan de France. Il s’illustre lors des prises de Rolleboise, Mantes et Meulan, et peu de jours avant le sacre de Charles V à Reims, il remporte la bataille de Cocherel près d’Evreux, face au troupes de Charles, roi de Navarre. Il prendra ensuite la ville de Valognes. Ces succès lui valurent le comté de Longueville en Normandie.

Il vole de nouveau au secours de Charles de Blois et participe à la bataille d’Auray. Son parti sera battu et il sera à nouveau fait prisonnier. Sa rançon sera de 100000 livres. Le roi de France en paiera 40000 livres et Guy de Laval répondra du reste.

La guerre en Castille

Rendu à la liberté, Charles V lui demande de délivrer le royaume des redoutables bandes de routiers qui ravagent et pillent le royaume. Il s’agissait d’expulser toute une bande de gens d’armes que la paix de Calais en 1360 avaient laissée au chômage. En 1366, Il persuade leurs capitaines de se mettre à la solde d’Henri de Trastamare qui dispute à son frère Pierre le Cruel le trône de Castille. Lors de cette opération, il se couvrira de gloire et anéantira le parti adverse.

Cependant, Pierre le cruel appelera à la rescousse les anglais et du Guesclin sera défait à la bataille de Najera en 1367 par Edouard de Woodstock, le prince noir. A nouveau prisonnier, il est libéré su parole de verser sa rançon. Il collectera des fonds auprès de ses amis afin de payer sa rançon et celles de ses officiers estimée à 60000 livres et reconstituer son armée.

En 1369, du Guesclin revient en Espagne, défait à nouveau pierre le cruel et rétablit Henri de Trastamare sur son trône. Henri ne s’encombrera pas d’état d’âme et fera assassiner son frère Pierre afin de mettre un terme au litige. En récompense de ses actions, il est fait duc de Molina, à la condition de rester pour toujours en Castille.

Connétable de France

Cependant, en 1370, le roi de France Charles V le fait rappeler et le nomme connétable de France avec pour mission de chasser les anglais de la métropole. Il ne procèdera pas par grandes campagnes comme de coutume, mais préférera reconquérir les provinces méthodiquement en assiégeant les châteaux les uns après les autres. Il va ainsi chasser les anglais de Normandie, de la Guyenne, de la Saintonge et du Poitou. Il utilisera tous les moyens y compris la ruse, allant même jusqu’à faire revêtir par ses hommes l’uniforme anglais afin de rentrer dans la ville de Niort et la libérer.

En 1376, il reçoit la seigneurie de Pontorson en Normandie. Cependant, Charles V fait prononcer la confiscation du duché de Bretagne en 1378. Du Guesclin souhaite ne pas prendre parti. Il ne s’oppose pas au débarquement des troupes du duc Jean IV de retour d’exil à Londres. Les nobles français l’accuseront de trahison. Du Guesclin, offusqué, renvoi son épée de connétable au roi et exprime le souhait de retourner en Espagne auprès d’Henri de Trastamare. Le roi dit-on, compris sa faute, entama des négociations avec Jean IV et rapella du Guesclin à son service. En 1380, il combat les grandes compagnies dans le sud de la France et assiège Chateauneuf-de-Randon dans le Gévaudan. Du Guesclin tombe malade durant le siège et meurt d’une forte fièvre à l’âge fort respectable de 60 ans.

La légende

Petit nobliau de province, Bertrand du Guesclin s’est élevé aux plus hautes charges de l’état. Petit chef de bande devenu connétable de France, son ascension fulgurante offre l’un des meilleurs exemples de réussite sociale que les guerres du XIVème siècle rendirent possible. Les étapes de sa progression se concrétisent à l’aune des rançons versées pour ses libérations : En 1360, 30000 royaux (106Kg d’or) ; en 1364, 40000 francs (155kg d’or); en 1367, 100 000 doubles de Castille (460Kg d’or). Il fut marié deux fois. En 1363, il épousa Tiphaine de Raguenel de petite noblesse bretonne. Devenu veuf, il épousa Jeanne de Laval en 1373, l’une de plus grande famille du duché. Durant les quinze dernière années de sa vie, il mania des sommes énormes issues de ses différentes domaines acquit tout au long de sa carrière. En 1372, Eustache Deschamps le mentionne dans une chanson dédiée au fils de Charles V qui venait de naître. En 1373, il écrira une ballade qui comparera du Guesclin au neuf preux de la légende. De nombreux poèmes et ballades furent écrits en son honneur par la suite. Du Guesclin souhaitait se faire enterrer dans sa Bretagne natale, mais apprenant sa mort, Charles V décida de le faire enterrer à Saint-Denis, le sanctuaire des rois. Faveur encore inusitée qui paracheva la dispersion de ses restes. Ses entrailles furent laissées au Puy-en-Velay, en l’église Saint-Laurent, ses chairs inhumées à Montferrand, son cœur fut attribué à l’abbaye des cordeliers à Dinan et son squelette fut inhumé à Saint-Denis.