Le combat des Trente – 1351

1351 : La guerre de succession de Bretagne, conflit secondaire de la guerre de cent ans, bat son plein. Deux prétendants, Jeanne de Penthièvre soutenue par les français et Jean de Monfort soutenu par les anglais s’affrontent depuis 1341 (mort de Jean III de Bretagne) afin de ceindre la couronne du duché.

En mars 1351, une trêve a été conclue entre les français et les anglais sur le théatre breton. La ville de Josselin est au main de Jean de Beaumanoir, partisan de Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois son époux. La ville de Ploermel à 15km de distance est au main de l’anglais Robert Bamborough, partisan de Jean de Monfort et de sa femme Jeanne de Flandres. Un jour que Jean de Beaumanoir décide de se rendre à Ploermel afin de discuter avec son adversaire Robert Bemborough, il porte secours à des paysans bretons molestés par des soldats anglais. Outré par cet esprit peu chevaleresque, il s’en plaint à son adversaire. Le ton monte entre les deux hommes et un duel est organisé afin de régler la querelle.

Les modalités du duel

Jean de Beaumanoir se serait écrié : « Dieu soit Juge entre nous ! Que chacun de nous choisisse trente à quarante champions pour soutenir sa cause. On verra de quel côté est le droit ». Le “chène de mi-voie” fut choisi comme lieu de la rencontre à mi-distance de Josselin et Ploermel. Les conditions du duel furent celles du “combat à volonté”. Chaque combattant à toute liberté de se battre comme il lui plairait, soit à pied, soit à cheval, avec toutes les armes de son choix et sans autres obligations que d’observer les règles de la loyauté chevaleresque. La rencontre est fixée au samedi 27 mars 1351 et le nombre de champions fixés à trente. Jean de Beaumanoir réunit aisément trente combattants bretons (dix chevaliers et vingt écuyers) tandis que Bamborough réunit autour de lui vingt anglais, six allemands et quatre bretons.

L’arrivée des combattants

Le jour dit, Robert Bamborough, se présente le premier avec ses trente champions au lieu convenu. Jean de Beaumanoir arrive quelques temps plus tard, après s’être convenablement préparés pour la bataille, les bretons ayant tenu à se confesser, communier, recevoir l’absolution et entendu plusieurs messes. Robert de Bamborough et Jean de Beaumanoir parlementent ensemble et Bamborough, bien moins sur de lui, soumet de reporter la rencontre afin de préalablement en informer les deux souverains, le roi de France et d’Angleterre. Jean de Beaumanoir ayant consulté ses champions, refuse catégoriquement. Le signal du combat est donné.

Première phase

Les deux troupes se font face et les deux chefs haranguent leurs troupes. Sur un signe, les hommes s’élancent et une mêlée désordonnée au corps à corps se forme. Il fait chaud et les combattants épuisés décident d’une trêve. Deux hommes ne se relèveront plus : Jehan Rousselet et Geoffroy Mellon. Trois hommes seront blessés et ne pourront reprendre le combat : Even Charruel, Caro de Bodégat et Tristan de Pestivien. Ces cinq bretons font tous partis des champions de Jean de Beaumanoir.

Seconde phase

Après une courte trêve, le combat reprend. Bramborough se jette sur Beaumanoir, lui assène un coup qui l’étourdit et le somme de se rendre. Beaumanoir refuse et au moment ou Bramborough va lui asséner le coup de grâce, Olivier de Keranrais surgit et transperce Bramborough d’un puissant coup de lance. La mort du chef anglais plonge de stupeur les deux partis, une trêve est à nouveau décidée, et les deux partis se séparent afin de panser leurs plaies.

Troisième phase

Jean de Beaumanoir propose à ses adversaires d’en rester là et de reconnaitre leur défaite, mais Croquart, l’adjoint de Bramborough qui a pris la tête des anglais refuse et change de tactique. Il ordonne à ses hommes de former une ligne compacte et homogène contre laquelle les assauts des bretons se brisent en laissant de nombreux blessés. Beaumanoir décide alors d’attaquer en même temps de front et sur les flancs de la ligne adverse. Les anglais finissent par céder avant qu’une nouvelle trêve soit conclue. Deux anglais, un allemand et le breton Ardaine sont tués côté anglais lors de cette phase. Côté breton, seuls Geoffroy Poulart et Jean de Beaumanoir sont blessés. La légende voudrait qu’éreintés par les combats et le jeûne de la veille, Jean de Beaumanoir aurait réclamé de l’eau. Son compagnon Geoffroy du Boys lui aurait alors rétorqué : “Bois ton sang Beaumanoir, la soif te passera”. Cette parole passera à la postérité et deviendra la devise des Beaumanoir.

Quatrième phase

Voyant le défaut de sa tactique, Croquart ordonne aux deux extrémités de se réunir en se recourbant. Voyant cela, Guillaume de Montauban feint de quitter le combat, saute sur son cheval et le précipite sur la ligne anglaise par le travers tout en frappant ses adversaires à grand coup de lance. Sa manœuvre renverse sept de ses ennemis. Revenant sur ses pas, il en écrase trois de plus. Voyant cela, les chevaliers bretons se précipitent sur la trouée et tuent quatre ou cinq anglais. Les autres combattants sont tous fait prisonniers.

La fin du combat

A l’issu de l’affrontement, il semble que les bretons aient perdus trois des leurs tandis que les anglais enregistrent de huit à douze tués (certains mourront plus tard de leurs blessures). Les combattants anglais capturés seront, comme le veut la coutume, rançonnés. Cependant, l’issue du combat ne règle rien. Deux jours plus tard, l’essentiel des combattants vainqueurs seront pris dans une embuscade et tués. La guerre de succession de Bretagne se poursuivra encore durant treize années et verra la victoire de Jean de Monfort qui montera sur le trône du duché de Bretagne pour devenir Jean IV. Charles de Blois quant à lui, décédera lors de la bataille d’Auray en 1364.

Le passage à la postérité

Le retentissement de cette cette victoire fut si grand que cette épopée résonne encore à nos oreilles de nos jours. Un obélisque de 13 mètres de hauteur fut érigé sur la commune de Guillac dans le Morbihan en 1822. Elle est constituée de trente blocs de granite superposés ou une plaque commémorative liste les noms des héros bretons ayant pris part aux combats des Trente.