Armagnacs vs Bourguignons 1407 – 1435

Le 4 novembre 1380, à 12 ans, Charles de France devient Charles VI en succédant à son père Charles V dit “le sage”. Cet événement marque la fin de la première partie de la guerre de cent ans qui a vu Charles V récupérer la quasi totalité des terres perdues par ses ancêtres et la restauration de l’autorité de l’état royal. Le royaume de France s’est relevé de ses ruines sous son règne.

Le contexte

Charles VI n’étant pas en age de régner lors de son couronnement, le royaume est placé sous la régence de ses oncles Jean de Berry et Philippe II de Bourgogne. A l’âge de 15 ans, Charles Vi est marié à Isabeau de Bavière, fille d’Etienne III duc de Bavière. La régence sera troublée par de nombreuses querelles entre les ducs d’Anjou, de Bourgogne, de Berry et de Bourbon. Le 3 novembre 1388, enfin âgé de vingt ans, Charles remercie ses oncles et prend le pouvoir. Quatre ans plus tard, Charles VI est pris d’un premier accès de folie dans la forêt du Mans. Il attaque sa propre troupe et tue quatre personnes avant d’être maîtrisé. Ses accès de folie assombrisse son règne et devant l’incapacité du roi à gouverner, ses oncles reprennent la régence.

Philippe II dit “le Hardi”, duc de Bourgogne concentre tous les pouvoirs, mais le duc Louis d’Orléans, frère du roi et gendre du duc d’Armagnac réclame un partage du pouvoir et revendique une place au conseil du roi. Dès 1401, Philippe II et Louis d’Orléans s’opposent sur la question de la reprise des hostilités contre les anglais. Philippe II souhaite prolonger la trêve avec l’Angleterre afin de ménager les intérêts de ses sujets flamands dont le commerce avec l’Angleterre est florissant. Le duc Louis d’Orléans est lui pour une reprise des hostilités contre l’ennemi anglais afin d’achever la reconquête du territoire et de bouter les anglais du continent. De plus, on soupçonne Philippe II de chercher à réunir ses terres de Bourgogne à celle de Flandres afin de se détacher du royaume de France pour fonder un état indépendant.

Philippe II décède en 1404 et son fils Jean sans peur lui succède à la tête du duché de Bourgogne. Jeans sans peur n’a que peu d’influence au conseil du roi qui est présidé par Isabeau de Bavière et que l’on soupçonne d’avoir une liaison avec Louis d’Orléans. De fait, Louis d’Orléans se taille la part du Lion dans le trésor royal en accaparant 90% des subsides afin d’acquérir terres et places fortes. IL manœuvre pour contrecarrer les ambitions du duc de Bourgogne lorsque ce dernier cherchera à acquérir le duché du Luxembourg afin de réunir ses duchés de Flandres et de Bourgogne. En 1405, Jean sans peur réalise une démonstration de force en rentrant dans Paris à la tête de ses forces armées, ce qui obligera Louis d’Orléans et Isabeau de Bavière à s’enfuir à Melun. La guerre civile est évité de justesse par une réconciliation de façade le 10 octobre 1405.

Cependant l’opposition des deux ducs va encore monter d’un cran en 1406 lorsque le duc de Bourgogne tiendra Louis d’Orléans responsable de son échec devant la ville de Calais qu’il souhaitait reprendre aux anglais. Elle atteindra un point de non retour lorsque l’ordonnance du 28 avril 1407 réformera la composition du conseil du roi en diminuant le nombre de représentant du parti bourguignon de vingt-six membres à deux. Face à cette provocation, Jean sans peur décide de réagir. Le 23 novembre 1407, le duc d’Orléans est assassiné rue Vieille du Temple alors qu’il sort de chez la reine qui vient d’accoucher. Cette assassinat déclenche la guerre civile.

La guerre civile

Charles d’Orléans succède à son père et n’aura de cesse de le venger en suscitant partout des ennemis au duc de Bourgogne. Cependant, une paix est conclue à Chartres en 1409 entre les deux parties. Le 15 avril 1410, Charles d’Orléans épouse la fille de Bernard VII d’Armagnac à Gien. Ces noces seront l’occasion de former une ligue anti-bourguignonne qui se composera des ducs d’Orléans, d’armagnac, de Berry, de Bretagne, d’Alençon et de Clermont. Bernard VII d’Armagnac commence par financer des bandes d’hommes armées que l’on surnommera les Ecorcheurs. A leur tête, il ravage les environs de Paris et s’avancera jusqu’au faubourg de la capitale. un nouveau traité signé à Bicêtre le 2 novembre 1410 suspend à nouveau les hostilités. Mais dès le printemps 1411, les deux partis reprennent les armes. Les Armagnacs ravagent la Picardie et le Beauvaisie. Afin de les contrer, Jean sans peur réunit une armée de 60000 hommes et entre dans Paris. Devant reculer face à la résistance des Bretons retranchés à la Chapelle, il marche sur Saint-Cloud et anéantit l’armée des écorcheurs. I poursuit Charles d’Orléans et ses alliés et assiège Dreux, puis Bourges. Le 11 juin 1412, l’armée royale arrive pour faire lever le siège et une paix y est signée le 15 juillet et confirmée à Auxerre le 22 août.

Les anglais vont bien évidemment profiter de cette situation. Jean sans peur doit les ménager afin d’eviter un embargo sur la laine qui serait désastreux et pourrait ruiner les drapiers de Flandres. Dans le même temps, les Armagnacs signent un traité en 1412 avec Henri V pour empêcher une alliance anglo-bourguignonne. Ils y céderont la Guyenne et reconnaitront la suzeraineté du roi d’Angleterre dur le Poitou, Angoulème et le Périgord. En 1413, une révolte soutenue par jean sans peur à Paris entraîne de nombreux massacres. La population appelle au secours les Armagnacs qui reprennent le contrôle de la ville en 1415. Henri V débarque en France en 1415 afin de reprendre la guerre. Jean sans peur reste neutre et en octobre se déroulera la bataille d’Azincourt qui verra une nouvelle défaite des forces françaises essentiellement pourvue par les armagnacs ou le duc Charles d’Orléans sera capturé et passera vingt cinq longues années en captivité en Angleterre.

Le 29 mai 1418, une trahison livre la ville de Paris à Jean de Villiers de l’Isle-Adam, capitaine d’une troupe fidèle au duc de Bourgogne et le 12 juin suivant les Armagnacs y sont massacrés y compris le comte Bernard VII. Maître de Paris et de la moitié du royaume, Jean sans peur négocie avec Henri V et semble prêt à reconnaitre se prétentions au trône de France. Durant ce temps, le dauphin Charles (futur Charles VII) rentre en négociation avec Jean sans peur pour éviter ce rapprochement anglo-bourguignon. Une rencontre a lieu le 10 septembre 1419 sur le pont de Montereau-Fault-Yonne. Lors de cette entrevue, des hommes du parti Armagnac assassine Jeans sans peur. Philippe le Bon, qui succède à son père Jean sans peur fait alors alliance avec les anglais lors du traité de Troyes signé le 21 mai 1420. Tenant le roi en son pouvoir, il oblige Charles VI à déshériter son fils, le dauphin Charles et marie sa fille Catherine de Valois à Henri V d’Angleterre. De fait, il est entendu que le futur fils d’Henri V deviendra roi de France et d’Angleterre.

La fin du conflit

S’en suivront plusieurs années d’une guerre longue et harassante qui verront les bourguignons soutenir le trône d’Angleterre et les Armagnacs, les prétentions du futur Charles VII. Charles VI meurt en 1422, peu après Henri V qui laisse son trône à un fils âgé de 10 mois, le futur Henri VI. L’intervention de Jeanne d’Arc en 1429 insuffle aux soldats français une énergie nouvelle qui parviennent à faire lever le siège anglais devant la ville d’Orléans. Elle parvient à convaincre Charles d’Orléans d’aller se faire sacrer à Reims. Cette légitimation coupe l’herbe sous le pied des anglais qui ne feront sacrer Henri VI que le 16 décembre 1431 à Notre Dame de Paris. Charles VII engage alors une patiente reconquête des territoires perdus et conclut en 1435 le traité d’Arras avec Philippe le Bon qui reconnait l’indépendance de la Bourgogne. Ce traité met ainsi fin à une guerre civile qui aura duré 28 ans et plonger le royaume de France dans ses heures les plus noires.