Aliénor d’Aquitaine – 1202 – 1284

Nulle femme ne marqua autant l’histoire médiévale occidentale de son empreinte. Sa vie et ses actes ont profondément marqués le XIIème siècle et les relations entre le royaume de France et d’Angleterre. Tour à tour reine des Francs et reine consort d’Angleterre, elle vivra jusqu’à l’âge de quatre vingt ans, donnera la vie à dix enfants dont neuf atteindront l’âge adulte et laissera un héritage qui se prolongera pendant près de deux siècles.

Aliénor naquît aux alentours de 1122 près de Bordeaux. Fille ainée de Guillaume X, Duc d’Aquitaine et comte de Poitiers et de Aénor de Chatellerault. Elle reçoit une excellente éducation à la cour d’Aquitaine, une des plus raffinées et des plus en vues du XIIème siècle. Elle y apprendra le latin, la musique, la poésie et la littérature mais également l’équitation et la chasse. Son frère cadet meurt en 1130, ce qui fait d’Aliénor l’héritière présumée du duché. En 1136, lors de son quatorzième anniversaire (1136), les seigneurs d’Aquitaine lui jure fidélité. Son père mourra l’année suivante (1137) lors d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Aliénor devient de fait duchesse d’Aquitaine. Elle est jeune, belle et l’un des plus beau parti à marier de l’occident.

Aliénor – Reine de France

Le roi de France Louis VI décide donc de la mariée à son fils, le futur Louis VII. Les noces ont lieu le 25 juillet 1137 à Bordeaux. Toutefois, le contrat de mariage prévoit que le duché d’Aquitaine ne sera pas rattaché au royaume de France et qu’Aliénor en restera la détentrice. Son futur fils héritera alors de la couronne de France et du duché d’Aquitaine permettant l’unification des deux domaines à la génération suivante. Les festivités de mariage durent plusieurs jours et se poursuivent tout le long de leur chemin de retour vers Paris. Cependant, c’est pendant leur voyage que les nouveaux époux apprennent la mort du roi Louis VI. Aliénor est couronnée reine France à Bourges le jour de noel et son nouvel époux est couronné sous le nom de Louis VII. Le contraste est saisissant entre la cour d’Aquitaine et la cour de France pour Aliénor. Là ou tout n’était que luxe et extravagance à Bordeaux, elle découvre une cour austère et froide. Aliénor sera longuement critiquée pour ses goûts luxueux et son amour des troubadours et autres poètes qu’elle tente d’introduire à la cour de France. Les deux époux sont très jeune, cependant là aussi le contraste est saisissant entre une Aliénor enjouée et aimant les plaisirs de la vie et un Louis VII élevé dans le respect de la religion et la prière. Une première fille nait toutefois de cette union, Alix, née en 1145.

La deuxième croisade

Le pape ayant jeté l’interdit sur le royaume de France en 1146, Louis VII décide de participer à la seconde croisade en 1147 et d’emmener son épouse avec lui. Augmentée des épouses des autres croisés, la croisade est encombrée d’un impressionnant train de bagage qui la ralentit fortement. L’entente des époux déjà mis à mal par le voyage, ne s’arrange guère lorsque Aliénor rencontre son oncle Raymond de Poitiers à Antioche. Des rumeurs d’infidélité courent au sujet de la reine, ce qui a le don d’exaspérer le roi et provoque une rupture entre les deux époux. La seconde croisade est un échec cuisant et les époux décide de rentrer en Italie sur des navires séparés. La nef d’Aliénor sera prise dans une bataille navale entre les byzantins de Manuel Comnène et les normands de Roger II de Sicile. Tout d’abord capturée par les byzantins, elle sera aussitôt délivrée par les normands qui la ramèneront à Palerme avant de l’escorter en Calabre afin de rejoindre son époux qui y a débarqué le 29 juillet 1149. De là, les époux entament leur lente remontée vers Paris. Ils y rencontrent le pape Eugène III à l’abbaye du Mont-Cassin qui réussira à les réconcilier. Une nouvelle fille, Alix, naîtra de cette réconciliation en 1150.

La séparation

La mésentente entre les deux époux ne tarde pas à réapparaitre dès l’automne 1151. En 1152, les troupes royales présentes dans le duché d’Aquitaine sont relevées de leurs fonctions et le mariage est annulé le 21 mars 1152 lors du synode de Beaugency pour motif de consanguinité au 4ème et 5ème degré (le divorce n’existe pas à cette époque). Aliénor à désormais trente ans et redevient le plus beau parti du monde occidental. Elle rentre à Poitiers et manque par deux fois d’être enlevée par des nobles qui convoitent sa main. Très vite, elle échange quelques courriers avec Henri Plantagenet qu’elle a aperçut à la cour de France en 1151. Seulement deux mois après sa séparation, elle épouse donc Henri Plantagenet, duc de Normandie et comte d’Anjou, de dix ans son cadet, en août 1151. S’estimant lésé de ses droits dynastique, Henri Plantagenet débarque en Angleterre en 1153 afin de reconquérir son trône. Cette expédition se soldera par la conclusion du traité de Wallingford par lequel le roi Etienne nomma Henri Platagenet comme héritier.

Aliénor – Reine d’Angleterre

En 1154, le roi Etienne meurt. Henri Plantagenet devient Henri II, roi d’Angleterre. Henri et Aliénor sont tous deux couronnés le 19 décembre 1154. Aliénor donnera à son époux huit enfants en treize années, cinq fils et trois filles. Parmi ses cinq fils, on citera Richard, né en 1157 qui deviendra le célèbre Richard coeur de Lion, Geoffroy, né en 1158 qui deviendra duc de Bretagne et Jean, né en 1166 qui deviendra le non moins célèbre Jean sans terre. Très vite, Henri II montre qu’il est un roi et un mari autoritaire et Aliénor est confinée dans un rôle secondaire de représentation. De plus, Henri est un mari infidèle qui engendrera de nombreux bâtards tout au long de son mariage. Henri II est à la tête d’un très vaste domaine et la difficulté à le maintenir le pousse à une réforme dynastique. En 1170, Henri le jeune, fils aîné de Richard II est couronné roi d’Angleterre, cependant son père gardera la mainmise sur le gouvernement. Richard est proclamé duc d’Aquitaine et Aliénor gouvernera le duché en son nom en attendant sa majorité. Aliénor rentre à Poitiers et y établit sa cour.

La révolte 1173 – 1174

Aliénor à cinquante ans. Son fils, Henri le jeune à dix huit ans en 1173, roi d’Angleterre depuis trois ans, il dispose d’une importante suite mais ne dispose pas des ressources financières qui lui permettrait de maintenir son train de vie car son père très autoritaire, conserve la mainmise sur ses territoires. Encouragé par de nombreux nobles, il se dispute avec son père et entraine Aliénor dans sa rébellion qui n’a pas pardonné à Henri II ses infidélités et sa mise à l’écart. Ses frères Richard et Geoffroy se joignent à eux dans cette rébellion contre l’autorité paternelle. Henri le jeune se réfugie à la cour de son oncle, le roi de France Louis VII. Aliénor tente de rejoindre ses fils, mais fut arrêtée en route par les soldats d’Henri II. Elle sera emprisonnée durant quinze année, d’abord à Chinon, puis en Angleterre. Henri II tente de faire annuler le mariage, mais se voit opposer une fin de non recevoir par l’église. Quant à la rébellion en elle même, Henri II à la tête de ses armées finira par la mater et se réconciliera pour un temps avec ses fils. Henri le jeune se révoltera à nouveau en 1183, il échouera encore et trouvera la mort en Aquitaine, atteint de dysenterie.

La veuve

En 1189, Aliénor à 67 ans. Elle est retenue prisonnière depuis maintenant quinze ans lorsqu’elle apprend la mort de son mari le 6 juillet. Son second fils, Richard devient alors roi d’Angleterre. Il l’a fait aussitôt libérer. Elle parcours alors l’Angleterre afin de faire prêter serment de fidélité au nouveau roi. Elle cherche alors le meilleur parti pour épouser son fils et arrange ainsi un mariage avec Bérangère de Navarre bien que Richard fut déjà promis à la demi-soeur du roi de France Philippe Auguste. En 1190, Richard décide de se joindre à la troisième croisade en terre sainte. Aliénor l’accompagne, mais doit précipitamment rentrer en Angleterre pour empêcher son fils Jean de trahir son frère. En 1192, Richard rentre de croisade, mais il sera capturé en chemin par le duc Leopold de Babenberg. Jean prend alors la régence du pouvoir sans réelle intention de faire libérer son frère et cède le Vexin àau roi de France Philippe Auguste. Aliénor prend la tête de la révolte et assiège, avec tous les barons anglo-normand, le palais de Windsor ou s’est réfugié son fils. Par la suite, elle réunira l’énorme rançon demandée afin de faire libérer Richard qu’elle apportera elle même en 1193 à l’empereur Henri VI qui a racheté le prisonnier à son vassal.

La retraite

En 1195 et à bientôt 73 ans, Aliénor est fatiguée par une vie bien remplie. Elle décide alors de se retirer à l’abbaye de Fontevraud afin d’y finir sa vie. Mais Richard coeur de Lion meurt le 6 avril 1199 suite à une blessure reçue lors du siège du château Chalus-Chabrol. Elle prend aussitôt le parti de son dernier fils Jean. Elle parcourera tous l’ouest de la france afin de rallier l’Anjou et l’Aquitaine à la couronne anglaise. Elle arrangera par la suite le mariage de sa petite fille, Blanche de Castille, avec philippe Auguste. De cette union naîtra le futur roi de France Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis. En 1200, elle se retire à nouveau à l’abbaye de Fontevraud et mourra de sa belle mort l1 12 juillet 1204 à Poitiers à l’âge très honorable pour l’époque de 82 ans.